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Introspection-1
--> Contradictions ...

 

J'ai réfléchi un peu depuis hier, j'ai lu les écrits des autres, me suis imprégné de toutes ces émotions qui affleurent de part et d'autres dans ces écritures qui côtoient la mienne et en certaines heures la rencontrent, lui répondent et l'accompagnent.

J'ai lu le texte de Barjac sur l'immersion dans la masse humaine, ce sentiment de dérive du singulier dans les flots de la généralité et je dois que c'est un sentiment qui m'étreint particulièrement ces derniers jours.

Un son de piano pour m'isoler, m'emporter loin du monde des hommes, dans ces pensées détâchées qui se créent des exceptions et des excellences là où elles ne sont finalement qu'un fait ou un trait marginal de la société. J'oublie qu'autour il y a le travail, le stress d'un monde qui court après son ombre, le sourire rapide des hommes qui pressent leurs pensées à la poursuite des trois aiguilles ... j'oublie un instant que je suis lu de vous, de mes amis, de ma famille peut-être, de gens qui m'ont connu un jour, de ceux qui échouent ici par hasard, j'oublie que chacun de mes mots trouve un regard pour s'attarder sur lui. Je suis face à moi-même, dans cet instant de vérité où mes mots sont le miroir où je contemple mes imperfections, où je dévisage cet être familier qui souvent me paraît étranger à ce qu'il vit, ce qui l'entoure.

Jardinier de mon âme, je cultive mes petites folies, mes tares, ces petites choses qui donnent son relief à la singularité. Je soigne délicatement quelques sourires cachés dans un recoin d'une obscurité moite, je déterre les racines de quelques souvenirs, je change leur terreau, leur offre une nouvelle vigueur, je fais des boutures à mes envies ...

Je repense à cette nuit d'errance ... à dégriser dans l'air doux du soir, à tituber sur le sol instable d'une honte irrépressible. Le sang infesté d'une évasion facile, le corps enchaîné à un abandon incontrôlé et malgré tout, l'esprit entier, insoumis, témoin furieux de cette impuissance ... à soustraire ma déconvenue aux yeux en étoiles d'une louve. Parce que je n'ose avoir aucun témoin de cet instant de rupture où l'intérieur fusionne avec l'extérieur, où je laisse la passion s'offrir le luxe de s'exprimer sans conséquence. Ma pudeur est de cacher aux regards ce que je suggère dans l'encre de ma plume, cette insouciance, cette folie sans retenue qui me capture lorsque je m'affranchis de mes entraves volontaires, fruits d'une longue habituation à la frilosité fière et à la paranoïa craintive.

Je passe mes journées à quêter le détail, à parcourir le paysage de mon regard acéré pour déceler cette petite chose qui serait comme une perle déposée dans la vase d'une mare, ce petit trésor de nâcre qui captive l'oeil, qui touche la corde sensible pour en tirer le son pur d'une pleine harmonie ... je cherche ces toutes petites choses qui forment les arc-boutants du monument de l'humanité, qui lui offrent l'élévation et ajoutent à sa force, à son prestige ...

Je cherche simplement ce qui me correspond, ce qui sera le catalyseur de la fureur qui m'habite. Je cherche l'ivresse Rimbaldienne, l'incandescence sublime du Phénix ... je quête simplement mon accomplissement de quelque façon qu'il puisse s'opérer. Ma plume est incomplète, ma vision est incomplète, mon identité est incomplète tant que je n'aurais pas été précipité dans la violence brute, destructrice de cette passion qui couve en moi.

Tant de ce qui m'entoure est pour beaucoup grimage, comédie et farce, c'est de la norme, du contreplaqué, de préfabriqué, du vernis premier prix destiné à cacher la misère affective, culturelle et morale ... tout ça n'est qu'un immense chamboule-tout où on affiche une fierté tout en prostituant sa dignité humaine, où on n'a de cesse de flirter avec la ruine. Plaisir rime avec argent, bonheur avec confort et amour avec dogme. Pourtant il demeure toujours cette touche d'individualité pour colorer les fleurs d'un paysage noir et blanc. Mais chacun suce l'originalité, l'exception d'une beauté rare jusqu'à la rendre exsangue et désuète ...

Je dis vouloir "vivre" comme tant d'autres qui le déclinent à toutes les sauces, qui l'hurlent, le souhaitent, le prient, le noient dans les rires ou les pleurs ... je me répète comme si je tentais de me précipiter de la falaise au bord de laquelle une crainte mystérieuse me retient, de faire la pas vers cet inconnu qui m'appelle si fort et pourtant m'échappe encore chaque jour et son suivant. Je me démène entre les mots pour arracher à mon être la force, l'envie, la volonté, le courage de se dépasser pour atteindre ce quelque chose auquel je me suis destiné par défaut et nécessité ...

Je vis dans une ville qui aime à paraître, qui a oublié ses artistes sans le sou et mal sapés, mal-rasés pour leur substituer les bien-pesants, le jeu des manières, le format petits fours et garde-robe additionné du brushing politiquement correct, la musique elle-même sonne souvent faux, les corps sont mûs plus par le conformisme de leur milieu que par la spontanéité ... les monuments sont devenus les coqueluches des mitrailles d'appareils photos numériques, tous les langages se mêlent pour parler affaires et tourisme ... la ville des lumières s'éclaire aux néons et aux spots mais le lustre des esprits n'est plus ce qui souligne sa brillance.

Je n'écris pas ici ma bonne conscience ou par désir d'être consolé de mes incertitudes, je n'écris pas ici par soucis de reconnaissance ou de distinction, je n'écris pas ici pour me conforter dans le partage des "on va faire", "nous ferons ensemble" ... j'écris ici pour exprimer ce qui fait le relief de ma vie, mes émotions vives ...

Hier je me laissais une semaine pour réfléchir tout en sachant que je ne me laisse jamais qu'une semaine pour tenter une fois encore de soumettre des émotions qui n'accepteront jamais que je les bride ou les censure alors qu'elles sont le dernier reliquat de ma sincérité. Je ne sais pas ce qui me pousse à souhaiter ainsi jouer la bête effarouchée, cherchant le repos dans la réclusion. Je me retrouve devant ce clavier à retenir le geste qui dévore déjà les touches. Je réfrène l'envie furieuse de cingler l'écran de mes phrases alors que cet espace est à présent tout aussi mien que l'est mon espace vital réel ... en fait ce n'est pas une question de délais, le temps n'a jamais compté dans la façon dont j'aménage ma vie ... c'est une question de volonté et pour ça je suis seul à pouvoir juger et seul concerné.

(suite dans le prochain article)

* Beethoven - Mondshein Sonate *

Prose de Songe, le Lundi 7 Juin 2004, 11:14 dans la rubrique "Journal Fragmentaire ...".
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